jeudi 17 novembre 2011

Nicole | Lettre à ma Tante et Marraine




Manou

Tu as beaucoup souffert, je le sais !
Auprès de toi tous les jours, je souffrais aussi...
Sur ton visage, je voyais s’imprimer les ravages de la souffrance que ton corps malade te faisait subir.
Ton sourire avait disparu pour laisser place à des gémissements.

Tu avais peur et je ne savais que dire .
J’en arrivais à maudire mon impuissance.

Hier, j’ai voulu te lire un texte du « Prions en Église » que tu aimais tant,
 je pensais que la lecture d’une prière t’apaiserait.
J’ai ouvert le livre au hasard.
 je suis tombée sur ce si beau texte
 « le Seigneur est mon Berger …dans les verts pâturages il me fait reposer «
Je ne suis pas parvenue à le lire.
L’émotion était si forte que mes mots sont restés bloqués au fond de ma gorge.

Tu avais les yeux clos.
Je me suis détourné de ton regard pour pleurer en silence.

C’est à cet instant que j’ai senti ta main glisser sur mon bras
 et c’est toi qui as pris ma main pour la garder dans la tienne.

Les mots étaient devenus soudain inutiles et dérisoires.

Nous sommes restées longtemps ainsi.
C’était un jour de grâce …
 Tu étais prête !
Manou, je t’aime !


Tu vois, aujourd’hui nous sommes tous ici rassemblés autour de toi,
 ta famille, neveu, petits neveux, petites nièces, tes amies et amis,
 tous ceux que tu connaissais et à qui un jour ou l’autre tu as apporté un peu de réconfort,
ceux que tu ne connaissais pas et qui sont aussi présents  à ton "Saint Mich " ta paroisse 
comme tu aimais le dire et que tu aimais tant.
Un jour tu m'as dit  que c’était cela qui te maintenait en vie …

Ton métier d’enseignante, tu l’as exercé avec une rigueur et une conscience exemplaire
 tout cela je le sais pour avoir lu beaucoup de lettres de remerciements de tes élèves.

Voilà Manou,
 je pourrais parler de toi encore pendant des heures.
 Maintenant nous sommes tous là près de toi pour t’accompagner jusqu’au bout du chemin
vers cet Autre…ou je le sais
 tu nous attendras.

Nicole








4 commentaires:

Hélène Flont , french illustrator a dit…

Laisser partir ceux que l'on aime en leur tenant tendrement la main ....un réconfort, une douceur dans ce grand effroi.
Profondes et bien sincères pensées à vous et à votre famille qui avez tant de peine. On se sent si seul dans ces moments où la vie s'en va...

sur les traces de notre enfance a dit…

Cela fait un moment déjà que j'avais envie de rendre hommage à quatre personnes qui ont compté pour moi, plus que je ne saurai jamais le dire, et qui ont façonné ma vie.

Qu'est-ce qui m'a retenu ?
Sans doute la peur de troubler l'allégresse de nos souvenirs d'enfants.

Et puis Nicole vient d'écrire ce texte si poignant, que la gorge se serre en le lisant.

Nous avons toujours évolué à travers nos textes, de la même façon, sans nous concerter.
Nôtre vie s'est mêlée au paradis enfantin, et nous ne pourrions plus écrire comme au début.

J'espère que lorsque ta douleur sera moins déchirante, tu nous fera connaitre cette Manou que tu as tant aimée et entourée. Et que l'écriture agira comme un apaisement, à l'idée que tu ne seras plus sa seule famille.

Elle sera ici parmi nous, parmi ces rires d'enfants qui lui étaient si familiers.
Anne

Philippe a dit…

Comme le dit Anne, la gorge se serre en vous lisant.
Le deuil est une épreuve difficile qui nous alourdit de manque, et qui ne guérit jamais vraiment tout à fait. Je pense bien à vous Nicole.

Anonyme a dit…

Un dernier geste, un caresse de la main...je suis triste pour vous, avec vous.
jacqueline