mardi 21 avril 2009

Anne | MON Livre de Lecture !

..
Depuis notre arrivée à Marseille,
la vie était vraiment des vacances,
mais elles semblaient sans fin.
On m'avait acheté un beau cartable en cuir,
une ardoise avec une petite éponge,
et un plumier décoré d'une jolie gravure.
Je ne ce cessais de les contempler,
en guettant avec une impatience 
qui allait en s'amplifiant,
le jour de ma rentrée à la Grande École.
.
En faisant mes premiers pas dans la cour,
je fus à la fois déçue et ravie.
Déçue parce que je ne voyais pas de différence
avec mon ancienne école,
et ravie pour les mêmes raisons.
Nous étions beaucoup plus nombreuses,
mais l'atmosphère était à l'identique,
chaleureuse et familiale.
.
C'est en rentrant dans la salle de classe
que je pus enfin savourer ma fierté.
Au lieu du joyeux tohu-bohu de l'an passé,
nous nous sommes installées
chacune devant un pupitre à soi.
Mademoiselle Fleury
qui semblait toute contente d'être là avec nous,
distribua les cahiers et le livre de lecture.
Je le reçus comme un cadeau précieux.
Et il devint, sans me lasser jamais,
le fidèle compagnon de ma 11ème..
.
.
Je le ramenais à la maison,
me dépêchant de faire la leçon aux deux petits.
Il est interdit d'y toucher
et d'abord c'est pour mon travail !

Les choses mises au point 

j'écourtais mon goûter,
pour regarder MON livre.
.  

J'étais fascinée par sa couverture. 
Bien qu'elle fut vite cachée
par le papier bleu 

qui protégeait nos livres de classe,
elle s'est gravée dans ma mémoire
avec une précision photographique.
.
Ces deux enfants 

assis dans l'herbe sous un pommier,
je leur ressemblais.
Nous étions tous les trois en train de lire
pour le plaisir,
après la classe.

 .  
Mais c'est un détail particulier qui me médusa.
La petite fille tient son livre de telle façon,
que l'on peut voir sur la couverture
la même petite fille y lire le même livre,
et en regardant attentivement
on peut en distinguer une troisième
puis une quatrième...
C'est ainsi que je fis connaissance avec
le mystère de l'infini. 

 
. En retrouvant mon livre bien des années après,
j'ai tourné les pages le cœur battant.
Allais-je revoir avec le même enchantement
celle qui fut ma préférée ?

 
.
C'était un son dont je voulais vérifier la présence.
Clé ma ti te.
Un son qui n'appartenait qu'à moi,
et que je n'associais à aucune image.
lI était rare, secret comme une bille en verre,
et teinté de mystère.
Je ne savais pas que d'autres petites filles
pouvaient faire la même chose.
Et j'ai été aux anges quand plus tard,
j'ai découvert en lisant Colette,
l'histoire de Bel Gazou et de son presbytère.

.


.
J'avais une autre raison d'adorer cette page.
La maison que l'on y voyait ressemblait
à celle d'une compagne de classe.
Appelons la Emma...
Elle ne m'aimait pas, je le lui rendais bien.
Elle m'avait joué un sale tour 

que je n'ai jamais oublié.
Plus que sa maison,
ce qui rendait précieux ce souvenir, c'était sa rue.
L'Allée des buis.
.
Elle formait avec le boulevard Marin
la fin de mon itinéraire favori.
Deux rues minuscules bordées de petites maisons.
Mais si le boulevard Marin 

était sans charme particulier,
l'Allée des buis méritait bien son nom.
Elle croulait sous la verdure.
Platanes et tilleuls centenaires,
bosquets fleuris dont les couleurs et les senteurs
se mêlaient avec nonchalance.
C'est dans cette rue que je découvris le Seringua
son parfum délicat,
ses fleurs d'un dessin parfait,
et la pluie de pétales qui formaient un tapis
sur lequel je n'osais marcher.

.



.Cette Ronde qui symboliquement achève le livre
je la relisais souvent.
Elle créait en moi le même frisson que le
Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté 

que l'Ange Boufaréou lançait à travers le ciel
à la fin de la Pastorale des Santons.

.
.
Il y a dans les souvenirs
liés à la lecture de mes deux premiers livres,
quelque chose de très troublant.
On pourrait l'intituler emphatiquement,
de l'influence des premières images
sur la construction de la personnalité.

 
.Dans Gédéon,
l'identification à ce personnage et à sa différence,
la solitude qu'elle entraîne,
mais aussi la richesse qu'elle représente.
Et puis j'ai toujours été envoûtée
par le clair-obscur de la nuit,

la lune, les paysages en ombres chinoises
où se détache l'intérieur éclairé des maisons.

.
Sur la couverture de mon livre de lecture
le dessin reproduit de plus en plus petit à l'infini,
représente pour moi, 

un passage secret vers un ailleurs
que, je le pressentais, tous ne cherchaient pas.
Cet abri m'a permis de m'identifier,
et d'habiter l'âme de ceux qui me touche.
La Ronde, elle, m'a sensibilisée à l'idée 

d'un monde où chacun aurait sa place,
et m'a rendu intransigeante face à l'injustice.

.
Enfin, si l'un de mes plus grands plaisirs
est d'avoir un bon livre entre les mains,
un plaisir plus grand encore
est de le lire allongée dans l'herbe.
Et si en plus c'est sous un pommier,
que je n'ai qu'à tendre la main
pour pouvoir croquer mon fruit préféré,
je suis au paradis
et seul un serpent pourrait m'en déloger !
Tiens c'est bizarre, cela me rappelle quelque chose.
J'ai déjà dû lire ça quelque part...



8 commentaires:

Anonyme a dit…

L'infini ....
je l'ai perçu pour la première fois en voyant mon image se reproduire à l'infini dans les deux miroirs qui étaient face à face dans la chambre de ma grand mère.
Et cette question taraudait mon esprit " cette petite fille qui se démultipliait dans d'autres univers , toujours les mêmes, mais qui semblaient différents ... était elle toujours vraiment moi?

reth a dit…

"methode Bosher" que de souvenirs!
je suis dyslexique, cela voulait dire, à l'époque: enfant sans avenir, personne connaissait ce dysfonctionnement.
mes parents, refusant cette condamnation, ne cessaient de me faire travailler & je passais toutes mes étés dans notre village de vancances, à lire ce livre sous l'autorité d'un maître d'école à la retraite, notre voisin.

sur les traces de notre enfance a dit…

Reth, j'espère que vous avez ressenti malgré tout, un un petit coup joyeux du coté du coeur en reconnaissant la couverture de NOTRE livre.
Mon mari, instituteur, ne supporte pas sa vue, l'accusant justement de l'apparition d'une génération de dyslexiques.
Moi je l'adore, sans doute parce que je savais déjà un peu lire et que je pouvais ainsi me mettre à rêver autour des images. Il faut reconnaitre que les textes manquent franchement et d'intérêt et de poésie.
Et puis l'on ne peut avoir un regard objectif sur un objet d'enfance. Il n'est que figurant, au milieu de ce que nous restitue, pour notre plus grande joie, notre imaginaire
Amicalement, et à bientôt.
Si vous avez envie de développer ce souvenir, il fera un contre point au mien. Nous ne detenons pas l'exclusivité sur l'histoire de notre génération !
A votre porte-plume !
Anne

reth a dit…

Oh, oui, de la joie, ...
J'aimerai d'ailleurs,trouver un exemplaire, c'est certain, malgré tout...
Tous les matins, sur les marches de l'école, j'ai eu la nausée , vaumissements même, lorsque mon amie n'était pas avec moi.
Lorsque mes enfants ont été scolarisés, j'ai ressenti le même malaise, ça a été très éprouvant.
Mon fils est également dyslexique, papa l'était, ma jeune soeur l'est.
Je ne pense pas quel'apprentissage soit l'origine de la dyslexie, mais il a contribué à ce que le dyslexique soit complètement exclu du système.
Ce qui est le plus grave est que , non seulement rien n'était fait pour contribuer au bon développement de l'enfant,non seulement on le laissait rentrer dans un isolement intellectuel, mais en plus , trop souvant on le coiffait définitivement d'un bonnet d'âne, au sens propre comme au sens figuré, ce qui l'emmurait dans une évidence d'injustice chronique.
j'ai toujours été excellente en math,en poésie, en créativité en travaux pratiques , et pourtant mon statut de nulle m'a poursuivie.
C'est bien notre passé qui nous construit,mais malgré tout ça, l'amour familial, qui m'a été offert, aura permis d'avoir une enfance très heureuse et une personnalité bien trempée.

sur les traces de notre enfance a dit…

Pour le Bosher, on le trouve facilement.
Neuf, attention c'est complètement différent, illustrations modernisées, textes remis au goût du jour... même si la couverture est quasi-identique.
D'occasion, il y en a régulièrement sur e-bay. Après l'avoir raté pour 5€, je le voulais tellement que je suis allée jusqu'à 10€.

Je l'ai scanné sur mon ordinateur, si l'avoir ainsi vous fait plaisir, je vous l'envoie.
Amicalement
Anne

elomanama a dit…

je vais donc essayer de le trouver, d'occasion, bien s^ur.
si j'ai moins de chance que vous, alors je vous ferais parvenir mon adresse mail.
merci

Silvia a dit…

Surprise !
Connaissiez-vous la chanson italienne qui avait été inspirée par la Ronde de Paul Fort ?
Je vous mets les 2 liens qui pourront tout vous dire ou redire sur cette incroyable adaptation - qui date de 1966 -, et ce sera aussi un peu de lecture en italien ;-)
Amicalement
Silvia

http://www.youtube.com/watch?v=R8gvs6M5CyM

http://www.sergioendrigo.it/Aneddoti/Aneddoti%20-%20Girotondo%20Intorno%20Al%20Mondo.htm

sur les traces de notre enfance a dit…

Merci Sylvia de ta visite.
Je viens de regarder les deux liens que tu m'as donnés.
Le texte est émouvant. J'ignorai cette ronde dont parle Aragon et cela m'a donné envie de lire "Les cloches de Bâle".
C'est vrai que l'air fait un peu kitch mais les illustrations sont sympas. Ce serait une bonne chanson pour les écoliers italiens.
Comment l'as-tu connue ?

Dès que j'aurai appris à le faire, je mettrai le lien direct.
A bientôt j'espère